Vivre une vie multilingue -- Première Partie: Interview avec A.

Ici, je parle souvent sur le multilinguisme et des personnes multilingues. Mais je veux aussi parler AVEC des personnes multilingues. On commence par l'interview avec A.

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Au lieu de parler des personnes multilingues, je voudrais parler AVEC les personnes multilingues. La semaine dernière, j'ai rencontré quelques personnes très différentes. Je commence par une interview avec A. Le pianiste amateur est né en 1992 à Moscou où il est resté jusqu’à l’âge de huit ans. A son arrivée en Allemagne, il a été inscrit dans la première classe de l’école. Il y a passé son baccalauréat en 2011 et a entamé des études de mathématiques. A. habite aujourd’hui en Autriche avec sa compagne biélorusse et il travaille au Liechtenstein.

Bonjour A, est-ce que tu peux nous raconter un peu plus sur toi? Tu es né à Moscou…

Oui, et à l’âge de 8 ans, je suis arrivé en Allemagne où je suis allé encore une fois à la première classe de l’école.

Mais avant ton arrivée en Allemagne, tu parlais russe uniquement ?

Oui, mes parents ne parlaient que russe. J’ai commencé à apprendre l’allemand en Allemagne.

Mais tu as appris relativement vite...

Après un an et demi, je n’avais plus de problèmes avec la langue allemande.

D’accord, et puis, tu as sauté une classe.

Oui, puis j’ai sauté une classe.

Tu as appris l‘allemand seulement en allant à l‘école ou tu prenais aussi des cours ?

Non, j‘ai uniquement appris à l‘école, en parlant avec mes camarades.

Dirais-tu que l’allemand est ta langue d’éducation, du moins pendant tes années scolaires ?

Oui, je pense. Au lycée, j’apprenais aussi l’anglais et le français.

A part l’année scolaire en Russie, est-ce que tu as continué à suivre des cours de russe?

Non.

Tes parents, avaient-ils déjà eu un lien avec la langue allemande ou l’Allemagne avant votre arrivée ?

Non, mon père est arrivé en Allemagne en tant que réfugié contingenté en 1992 et ma mère et moi l’avons ensuite rejoint pour réunir la famille.

Imagine que je te donne un livre que tu peux lire soit en russe, soit en allemand, dans quelle langue tu le lirais ?

Je le lirais dans la langue originale.

D’accord. Et maintenant imagine que l’auteur est bilingue et qu’il il a écrit simultanément le livre dans les deux langues. 

(Il rit) Là, je préférerais le lire en russe.

Et s’il s’y agit d’un article scientifique ?

Dans ce cas là, je le lirais en allemand.

Pendant tes études, tu as aussi appris l’italien et l’espagnol. Comment ?

J’ai commencé à apprendre l’italien avec babbel et puis, j’ai passé un semestre à Bologne où je fréquentais uniquement des étudiant.e.s italien.ne.s.

Ah, d’accord. Ce n‘est pourtant pas si facile quand on fait un échange Erasmus, de cotoyer des étudiant.e.s du pays parce qu‘on se retrouve souvent dans la bulle des étudiant.e.s Erasmus...

Oui, mais j’ai cherché activement à nouer des liens avec les Italien.ne.s. car  je ne m'identifiais pas aux étudiant.e.s d’Erasmus. Mais ainsi, j’ai parlé beaucoup d’italien. En ce qui concerne l’espagnol, j’ai aussi commencé à l'apprendre avec Babbel et puis, j’ai cherché des ami.e.s et des tandems linguistiques. 

Super! Et grâce à Babbel, tu as aussi appris le turc, le portugais et le polonais.

C’est ça.

Avais-tu déjà eu l'occasion de pratiquer ces langues ?

Oui, j’ai cherché un tandem linguistique pour le portugais, mais on ne s’est pas souvent rencontré.

Une auteur multilingue a dit un jour qu’elle imaginait chaque langue comme une salle avec des portes qu’elle pouvait laisser ouvertes ou complètement fermées. Tu peux t’identifier à cette image ou est-ce que tu le vois plutôt autrement?

C’est une bonne métaphore. Par exemple, quand je suis dans la salle d'espagnol, je commence à penser et à rêver dans cette langue. En Italie, j’ai rêvé en italien. Mais les salles sont aussi liées à certains sujets. J’ai regardé beaucoup de vidéos sur les échecs en anglais et maintenant l’anglais est devenue ma langue pour  les échecs. Quand je fais des activités liées aux échecs, je commence à penser en anglais.

Revenons à l’image des portes. Toi aussi, tu peux les ouvrir et les fermer ?

Je ne comprends pas cette image.

L’italien et l’espagnol sont un exemple de deux langues qui se ressemblent beaucoup. En ce qui me concerne, je dois absolument fermer les portes afin de ne pas les confondre. Mais, quelquefois, j’ouvre une porte pour avoir des influences linguistiques, comme par exemple pour pouvoir dégager la structure d’une langue, etc. Comment t’y prends-tu dans ce cas-là ?

Pour moi, il s’y agit de deux situations très différentes. Quand je suis en train de parler une langue, les portes des autres langues sont complètement fermées. Je ne les ferme pas consciemment, mais elles sont fermées et je ne pense plus à la structure linguistique, mais je parle. Parfois, je crois qu’un mot est italien, mais en fait, il est espagnol. Cela arrive. Mais c’est tout à fait inconscient. 

Les portes ont aussi des serrures…

D’autre part, quand je ne suis pas en train de parler, j’aime beaucoup comparer les langues. Ça c’est par contre tout à fait conscient.

Comment se déroule ta vie quotidienne multilingue actuellement ? Quelle langue parles-tu avec ta compagne ?

Nous parlons espagnol ensemble. C’est devenu notre langue de relation.

D’accord. Mais c’est une langue étrangère pour vous deux…

Oui, mais elle se sent le plus à l’aise avec l’espagnol.

Et au travail, quelle langue parles-tu ?

L’allemand et l’italien parce que j’ai un collègue italien. Je parle 60% allemand et 40% italien.

Et quelle langue parles-tu avec tes parents et tes frères et sœurs ?

On parle uniquement russe.

Tu n’as pas encore d’enfants, mais pourriez-vous imaginer que vos enfants grandissent multilingues ou avez-vous déjà réfléchi à comment vous alliez faire ?

Moi, en tout cas, je veux parler russe avec mes enfants. Je voudrais que mes enfants l’apprennent.

Et en tous cas, les enfants feront la connaissance de votre langue de relation…

Oui, mais ma compagne décidera quelle langue elle veut parler aux enfants. Mais dans mon cas, c’est le russe qui n’est pas lié à l’endroit où l’on habitera. Si je ne transmets pas le russe à mes enfants, personne ne le fera. Personne n’apprend le russe volontairement.

Pourtant moi, j'en connais qui le font…

Et ils*elles le parlent bien ?

Je ne sais pas. Mais en tout cas, je connais des personnes qui sont motivées d’apprendre le russe..

Moi, en revanche, je connais des personnes d’origine russe (de la deuxième génération) qui vivent en Allemagne et qui ont désappris le russe. Elles ne veulent plus apprendre cette langue. 

Y a-t-il des expressions qui te manquent dans une langue ou l’autre ?

Oui, il y a toujours des expressions russes qui me manquent dans les autres langues. En russe, je connais des expressions, des jeux de mots, des blagues, que je ne sais pas dire dans les autres langues.

Tu as l’impression d’être différent quand tu parles une autre langue ?

Non, je ne crois pas. 

Y a-t-il quelque chose que tu souhaites pour toi ou pour ta famille concernant le multilinguisme ou sa promotion, par exemple de la part des politiques ?

Je pense que l’on a toutes les possibilités. On habite en Europe. Babbel n’est pas cher et tout le monde peut apprendre des langues grâce à ce moyen. Il existe déjà suffisamment de possibilités. 

Si tu n’as plus de questions de ta part, je te remercie.

 

 

Cette interview n'est pas sponsorisée par Babbel.

 

#alugha

#everyoneslanguage

#doitmultilingual

 

Source de l'image: Amir Doreh via Unsplash

Ganz tolles Interview!!

Lieben Dank. Ich hoffe hier noch mehr spannende Personen mit noch spannenderen Gedanken vorstellen zu können.

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